Nuestra (in)armonía / Notre (in)harmonie

15 octobre 2009

 
 
NOTRE (IN)HARMONIE
 
on s’est mis debout pour voir les arbres
pour que la terre se déchaîne
en des rengaines aléatoires

les arbres poussent
font du ciel le reflet de l’eau

les branches s’étalent
les feuilles veulent se détacher
vers les nuages aqueux afin de
percer comme une flèche
la vue profonde que tapie
l’obscur se rapprochant de la dissolution
 
 
 
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NUESTRA (IN)ARMONÍA
 
nos pusimos de pie para ver los arboles
para que la tierra se liberase con furia
en la misma cantinela fortuita

los árboles crecen
hacen del cielo el reflejo del agua

las ramas se extienden
las hojas se quieren desprender
hacia las nubes acuosas para
penetrar como flecha
la vista profunda que esconde
lo oscuro cada vez más cerca de la disolución
 
 
 
 
(Plutôt la musique de l’album Zeit de Tangerine Dream / Mejor la música del álbum Zeit de Tangerine Dream)
 
 


Vision – Visión

16 juillet 2009

 
VISION
 
la vision d’une larme de réalité
la vision du sang se déclinant en feuillages
vision des feuillages dégageant de la fumée
vers la vision de l’obscure géométrie
des milliers de cordes lumineuses dans la vision
d’un espace qui pleut pour la vision d’un plan de mire
multiplié par la vision de la fumée qui détruit tout angle
de la douce fumée qui est la vision sur les plantes
leur cœur en projection décomposé en fumée
qui enveloppe le monde et se relie en fumée
vers un organisme dont la fumée est la seule marque de croissance

et le vent solaire coulant vers les yeux de tout achèvement de croissance
et d’autres processus s’y jetant pour déclencher de nouvelles croissances
 
 
 
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VISIÓN
 
la visión de una lágrima de realidad
la visión de la sangre bajo diferentes hojas
visión de las diferentes hojas al liberar un humo
hacia la visión de la obscura geometría
de miles de sogas de luz en la visión
de un espacio que llueve por la visión de un plano de mira
multiplicado por la visión del humo que destruye todo ángulo
del suave humo que es la visión en las plantas
su corazón en proyección descompuesto en humo
que envuelve al mundo y se une en humo
hacia un organismo cuyo humo es el único signo de crecimiento

y el viento solar que fluye hacia los ojos de todo término de crecimiento
y otros procesos que afluyen para desencadenar nuevos crecimientos
 
 
 
 


Im-precioso / Im-précieux

8 juillet 2009

 
IM-PRECIOSO
 
en el momento de un ciclo
esta oscuridad
las rosas que laceran los brazos
las aguas de un río
su caudal
 
 
la luz que no podrá liberar las in-definiciones
 
 
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IM-PRÉCIEUX
 
au moment d’un cycle
cette obscurité
les roses qui meurtrissent les bras
les eaux d’un fleuve
son débit
 
 
la lumière qui ne pourra pas libérer les in-définitions
 
 
 


Dos textos traducidos

17 mai 2009

MATER-IA
 
 
Un punto de materia. Guijarro en medio de un desierto. Trozo áspero que termina por encontrarse en estas dunas luego de largas erosiones y acumulamientos durante una historia tan vieja como este crepúsculo monótono.

Como todo lo que nos escudriña.

Y ahora los restos de luz se ocultan por detrás de las dunas, y bajo el silencio de lejanos sistemas estelares, las brisas de arena empiezan a cubrir los reflejos de este suave fósil, de este agitado brote.
 
 
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DESEXPLICACIONES
 
              a Loïs de Murphy, primera rosa para un diálogo
 
 
agitación aquella, de pequeños cambios enterrados
en un guijarro para llevarlo a su nuevo nacimiento:
semejante al firmamento
cúmulo de silencio
 
 
 


Grammaire du semblable – Gramática de lo semejante

7 mai 2009

 
GRAMMAIRE DU SEMBLABLE
 
            Après avoir contemplé Série 1-A sur Fishturn
 
 
La projection d’un désert est la grammaire première de l’espace
Les nuances condensent la lumière insaisissable
Les corps qui émergent ou s’affaissent
montrent comment la fixité de ce monde coule
sur un pilier au milieu d’un vide rouge où il existe des semblables
 
 
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GRAMÁTICA DE LO SEMEJANTE
 
            Luego de ver Série 1-A en Fishturn
 
 
La proyección del desierto es gramática primigenia del espacio
Los matices unen la luz inasible
Los cuerpos que surgen o se hunden
muestran cómo lo fijo del mundo fluye
sobre un pilar en medio de un vacío rojo donde existen los semejantes
 
 
 


Au prix du papyrus – Isaac Asimov

3 mai 2009

 
Bonjour,

Grâce à mon colocataire j’ai découvert ce petit recueil de nouvelles d’Isaac Asimov. Je vous en livre une: elle va sûrement vous plaire.

Cordialement,

Vos Versions Célestes
 
 
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AU PRIX DU PAPYRUS

Mon frère se mit à dicter dans son meilleur style oratoire, celui qui tient les tribus suspendues à ses lèvres.

« Au commencement, dit-il, il y a exactement quinze milliards deux cents millions d’années, un grand boum se produisit et l’Univers…

Mais, je m’étais arrêté d’écrire.

« Il y a quinze milliards d’années ? m’écriai-je, incrédule.

– Et bien, oui. Tu sais que je suis inspiré.

– Je ne mets pas le fait que tu sois inspiré en doute ». (Il vaut mieux pas. Il a trois ans de moins que moi, mais je n’essaierais jamais de mettre son inspiration en doute. Personne d’autre non plus, car ça chaufferait drôlement.) « Mais as-tu l’intention de raconter l’histoire de la Création sur quinze milliards d’années ?

– Il le faut bien, répondit mon frère. C’est le temps que cela a pris. Tout est là-dedans », il se tapa le front, « et cela vient de la plus haute autorité ». Alors là, je posai mon stylet.

– « Sais-tu combien coûte le papyrus ? Lui demandai-je.

– Pardon ? (il est peut-être inspiré, mais j’ai souvent remarqué que l’inspiration ne couvre pas des sujets aussi sordides que le prix du papyrus.)

– Supposons que tu décrives les événements d’un million d’années sur chaque rouleau de papyrus. Il te faudrait quinze mille rouleaux. Tu devrais parler longtemps, et tu sais que tu te mets à bégayer au bout d’un moment. Il faudrait que j’écrive longtemps pour les remplir et mes doigts ne tiendraient pas le coup. Et même si nous pouvions nous offrir tout ce papyrus et si tu avais assez de voix et moi assez de force, qui accepterait d’en copier une telle quantité ? Nous devons assurer une centaine de copies avant d’être publiés, et sans cela, pas de droits d’auteur, hein ? »

Mon frère réfléchit un moment.

« Tu crois vraiment qu’il faut que je coupe ?

– Coupe, si tu veux toucher le public.

– Que penses-tu de cent ans ?

– Que penses-tu de six jours ?

– On ne peut pas résumer la création en six jours, s’écria-t-il, horrifié.

– C’est tout ce que j’ai comme papyrus. Alors, que décides-tu ?

– Oh ! Bon », dit-il. Et il se remit à dicter.

« Au commencement… Il faut vraiment que ce soit en six jours, Aaron ?

– En six jours, Moïse », répondis-je fermement.
 
 
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(Traduction par Monique Lebailly)
 
 


Cesar Moro

28 avril 2009

 
Bonsoir,

Pour finir le mois, voici un poème du grand César Moro. Une pensée spéciale pour tout le monde et en particulier pour les blogs Mixha’s Attic, Sol Negro et Matriz Musical.

À bientôt
 

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Buenas tardes:

Para terminar el mes los dejo con un poema del gran César Moro. Saludos a todos y en especial a los blogs Mixha’s Attic, Sol Negro et Matriz Musical.

Hasta pronto
 

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VIAJE HACIA LA NOCHE

              Es mi morada suprema, de la que ya no se vuelve
              (Krishna, en el Bhagavad Gita)

 
como una madre sostenida por ramas fluviales
de espanto y de luz de origen
como un caballo esquelético
radiante de luz crepuscular
tras el ramaje denso de árboles y árboles de angustia
lleno de sol el sendero de estrellas marinas
el acopio fulgurante
de datos perdidos en la noche cabal del pasado
como un jadear eterno si sales a la noche
al viento calmar pasan los jabalíes
las hienas hartas de rapiña
hendido a lo largo el espectáculo muestra
faces sangrientas de eclipse lunar
el cuerpo en llamaradas oscila
por el tiempo
sin espacio cambiante
pues el eterno es el inmóvil
y todas las piedras arrojadas
al vendaval a los cuatro puntos cardinales
vuelven como pájaros señeros
devorando lagunas de años derruidos
insondables telarañas de tiempo caído y leñoso
oquedades herrumbrosas
en el silencio piramidal
mortecino parpadeante esplendor
para decirme que aún vivo
respondiendo por cada poro de mi cuerpo
al poderío de tu nombre oh poesía
 
 
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VOYAGE VERS LA NUIT

              Dans ma demeure suprême dont on ne revient plus
              (Krishna, dans le Mahâbhârata)

 
comme une mère soutenue par des branches fluviales
d’effroi et de lumière d’origine
comme un cheval squelettique
rayonnant de clarté crépusculaire
derrière l’épaisse ramure de tant d’arbres d’angoisse
plein de soleil le sentier d’étoiles marines
l’amas fulgurant
de données perdues dans la nuit exacte du passé
comme un halètement éternel si tu sors dans la nuit
dans le vent chercher calme passent les sangliers
les hyènes repues de rapine
fendu en long le spectacle montre
des faces sanglantes d’éclipse de lune
le corps en flambées oscille
dans le temps
sans espace changeant
car l’éternel c’est l’immobile
et toutes les pierres jetées
contre l’ouragan contre les quatre points cardinaux
reviennent comme des oiseaux solitaires
dévorant des lagunes d’années en ruines
d’insondables toiles tissées par les araignées du temps effondré et ligneux
des cavités rongées de rouille
dans le silence pyramidal
éclat blafard et vacillant
pour me dire que je vis encore
répondant par chacun des pores de mon corps
à la puissance de ton nom ô Poésie
 
 
 
(Traduction de Claude Couffon)