Muerte sin fin – Mort sans fin (premier)

 

        Conmigo está el consejo y el ser; yo soy la inteligencia; mía es la fortaleza.

                    Proverbios, 8, 14.

        J’ai avec moi le conseil et l’être ; je suis l’intelligence ; mienne est la force.

                    Proverbes, 8, 14.

        Con el estaba yo ordenándolo todo; y fui su delicia todos los días, teniendo solaz delante de él todo el tiempo.

                    Proverbios, 8, 30.

        Avec lui, j’ordonnais tout ; et je fus tous les jours son délice, me récreant devant lui à tout moment.

                    Proverbes, 8, 30.

        Más el que peca contra mí defrauda su alma; todos los que me aborrecen aman la muerte.

                    Proverbios, 8, 36.

        Mais celui qui pèche contre moi trahit son âme ; tous ceux qui me haïssent aiment la mort.

                    Proverbes, 8, 36.

 
 
Lleno de mi, sitiado en mi epidermis
por un dios inasible que me ahoga,
mentido acaso
por su radiante atmósfera de luces
que oculta mi conciencia derramada,
mis alas rotas en esquirlas de aire,
mi torpe andar a tientas por el lodo;
lleno de mí —ahíto— me descubro
en la imagen atónita del agua,
que tan sólo es un tumbo inmarcesible,
un desplome de ángeles caídos
a la delicia intacta de su peso,
que nada tiene
sino la cara en blanco
hundida a medias ya, como una risa agónica,
en las tenues holandas de la nube
y en los funestos cánticos del mar
—más resabio de sal o albor de cúmulo
que sola prisa de acosada espuma.
No obstante —oh paradoja— constreñida
por el rigor del vaso que la aclara,
el agua toma forma.

 
——————————————
 
Rempli de moi, assiégé dans mon épiderme
par un dieu qui me noie, insaisissable,
leurré peut-être
par sa radieuse ambiance de clartés
occultant ma conscience répandue,
mes ailes brisées en esquilles d’air,
mes pas qui, maladroits, tâtonnent dans la boue ;
rempli de moi, repu, je me découvre
dans l’image étonné de l’eau
qui est seulement cahot immarcesible,
écroulement d’anges tombés
dans le délice intégral de son poids,
qui n’a rien d’autre
que son visage en blanc
à demi foncé, déjà, comme un rire qui meurt,
dans le tulle fin du nuage
et dans les funestes cantiques de la mer
– arrière-goût de sel ou blanc de cumulus
plus qu’une simple hâte d’écume traquée.
Pourtant – ô paradoxe ! – contrainte
par la rigueur du verre qui la clarifie,
l’eau prend forme.
 
 
José Gorostiza
 
 
(Traduction par Claude Couffon)

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One Response to Muerte sin fin – Mort sans fin (premier)

  1. Daud dit :

    Un reflet en brisure de miroir d’une naissance qui fixe la mort évanescente la regardant, une métaphore de l’Ouroboros.

    Merci pour cette découverte venue du Mexique.

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