Jorge Eduardo Eielson

FORO ROMANO
 

todas las mañanas cuando me despierto
el sol arde fijo en el cielo
el café con leche humea en la cocina
yo le pregunto a quien me acompaña
¿cuántas horas he dormido?
pero nadie me responde

abro los ojos y los brazos buscando un apoyo
toco mi mesa de madera y la noche cae con violencia
un relámpago apaga la luz del sol
como la luz de una vela
vuelvo a preguntar
¿el café con leche de hace siglos humea aún en el polvo?
pero nadie me responde

en la oscuridad me levanto y lo bebo
pero compruebo que la leche está helada
y el café encendido yace como el petróleo
a varios kilómetros bajo tierra:
una silenciosa columna se desploma entre mis brazos
convertida en cenizas
bruscamente el sol vuelve a elevarse
y a declinar rápidamente
en una tempestad de hojas y pájaros rojizos
dentro de mi habitación el crepúsculo brilla un instante
con sus cuatro sillas de oro en las esquinas
trato de recordar mi infancia con las manos
dibujo árboles y pájaros en el aire como un idiota
silbo canciones de hace mil años
pero otra columna de cenizas se desploma entre mis brazos
y mis manos caen cubiertas de repentinas arrugas

claramente ahora el agua del lavabo
me recuerda mis primeros baños en el río
vagos rumores desnudez perfumes viento
cerdos empapados bajo la sombra de los naranjos
¿mi memoria es quizás tan inmortal como tu cuerpo
cuando te desnudas ante mí
tú que no eres sino un pedazo de mármol
montaña de polvo
columna
reloj de ceniza
hueso sobre hueso que el tiempo avienta en mis ojos?
¿no recuerdo acaso las últimas horas de la noche
cuando te besaba enfurecido sobre mi catre de hierro
como si besara un cadáver?
yo le pregunto a quien me acompaña
amor mío velocísimo
¿cuánto tiempo ha pasado desde entonces
cuántas horas
cuántos siglos he dormido sin contemplarte?
pero nadie me responde
 

—————————————–
 

FORUM ROMAIN
 

tous les matins, lorsque je me réveille
le soleil fixe brûle sur le ciel
le lait au café fume dans la cuisine
je demande à celle qui est avec moi
combien d’heures ai-je dormi?
mais personne ne me répond

j’ouvre les yeux et les bras en cherchant un appui
je touche ma table en bois et la nuit tombe violemment
un éclair éteint la lumière du soleil
comme une lumière de bougie
je redemande
le lait au café de siècles lointains fume-t-il toujours sous la poussière?
mais personne ne me répond

dans l’obscurité je me lève et bois
et constate que ce lait m’est bien froid
que ce café réchauffé gît comme le pétrole
à des kilomètres de profondeur :
une colonne silencieuse, devenue cendres,
s’effondre dans mes bras
brusquement le soleil remonte
et décline rapidement
sous un orage de feuilles et d’oiseaux rougeâtres
le crépuscule brille un instant dans ma pièce
en harmonie avec ses quatre chaises en or situées aux angles
j’essaie de me rappeler mon enfance avec les mains
je dessine arbres et oiseaux dans l’air comme un idiot
je siffle des airs d’il y a mille ans
mais une autre colonne de cendres s’effondre dans mes bras
et mes mains tombent, pleines de rides subites

c’est maintenant que l’eau du lavabo
me rappelle clairement mes premiers bains de rivière
de vagues rumeurs du nu du parfum du vent
des porcs trempés sous l’ombrage des orangers
ma mémoire peut-elle être aussi immortelle que ton corps
lorsque tu te mets nue devant moi
toi qui n’es qu’un morceau de marbre
monceau de poussière
colonne
sablier à cendre
os sur os que le temps jette sur mes yeux?
ne me rappelé-je pas les dernières heures de la nuit
lorsque furieux, je t’embrassais sur mon lit de fer
comme si j’embrassais un cadavre?
je demande à celle qui est avec moi
mon amour d’allure vertigineuse
combien de temps s’est écoulé depuis lors?
combien d’heures?
combien de siècles ai-je dormi sans te contempler?
mais personne ne me répond
 
 
 
Jorge Eduardo Eielson (Lima, 1924) est considéré comme l’un des grands poètes de l’Amérique latine. Lire cette traduction par le grand Claude Couffon sur Versions célestes. Voir le site http://eielson.perucultural.org.pe

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7 Responses to Jorge Eduardo Eielson

  1. Lou dit :

    fala espanhol?
    parlez vous espagnol? alors, vous pouvez bien comprendre le portugais, non?

    chaque fois que je lis quelque chose en espagnol je me déménage… si puissante!

  2. Mixha dit :

    un poema sobre la soledad y la búsqueda del ser,. me gustó, un beso

  3. tajalapiz dit :

    curioso despertar.
    ¿Por qué « quien me acompaña » es femenino en francés?
    erratum : j’ouvre les yeux et les bras cherchant un appui
    un saludo salut

  4. versionscelestes dit :

    Muy buenas Tajalápiz (Leonardo).
    Si, podría ser también masculino en francés. Gracias por mencionar el error ortográfico. El poema aún no acaba…

    Célestes salutations.

  5. Vincent Sremed dit :

    @Versions célestes:

    Vous nous faites languir, j’aime.

  6. alba dit :

    Me ha gustado mucho.

    ¿cuántas horas he dormido?

    no importa

    despertar

    Besos

    Alba

  7. Daud dit :

    Merci, encore une découverte. Une sensation d’isolement persiste après la lecture.

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