Marguerite Yourcenar

Un peu à l’instar de Maxime Durisotti, je vous présente un passage de Mémoires d’Hadrien que j’aime bien. Si l’on entre dans le jeu de ce narrateur, de cet Hadrien témoin de son temps, on ne peut que s’émouvoir à lecture de cette vision poétique de l’histoire.

Qu’en pensez-vous?

Bonus : la traduction en espagnol par Julio Cortazar (sur le billet suivant) ainsi qu’une liste de liens sur Mémoires d’Hadrien (commentaires favorables en général, mais certains le sont moins, comme celui-ci par Gore Vidal).
 

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Como Maxime Durisotti deseo, de cierta manera, mostrales un pasaje de Memorias de Adriano que me encanta. Si uno entra en el juego del narrador, de este Adriano testigo de su tiempo, uno sólo puede quedar deslumbrado ante la lectura de esta visión poética de la historia.

¿Qué opinan?

El plus: la traducción en español de Julio Cortazar (en la siguiente entrada), así como una lista de enlaces acerca de la obra de Marguerite Yourcenar (comentarios favorables en general, salvo algunos, como éste de Gore Vidal).
 

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Rome n’est plus dans Rome : elle doit périr, ou s ‘égaler désormais à la moitié du monde. Ces toits, ces terrasses, ces îlots de maisons que le soleil couchant dore d’un si beau rose ne sont plus, comme au temps de nos rois, craintivement entourés de remparts ; j’ai reconstruit moi-même une bonne partie de ceux-ci le long des forêts germaniques ou sur les landes bretonnes. Chaque fois que j’ai regardé de loin, au détour de quelque route ensoleillée, une acropole grecque, et sa ville parfaite comme une fleur, reliée à sa colline comme le calice à sa tige, je sentais que cette plante incomparable était limitée par sa perfection même, accomplie sur un point de l’espace et dans un segment du temps. Sa seule chance d’expansion, comme celle des plantes, était sa graine : la semence d’idées dont la Grèce a fécondé le monde. Mais Rome, plus lourde, plus informe, plus vaguement étalée dans sa plaine au bord de son fleuve, s’organisait vers des développements plus vastes : la cité est devenue l’État. J’aurais voulu que l’État s’élargît encore, devînt ordre du monde, ordre des choses. Des vertus qui suffisaient pour la petite ville des sept collines auraient à s’assouplir, à se diversifier, pour convenir à toute la terre. Rome, que j’osai le premier qualifier d’éternelle, s’assimilerait de plus en plus aux déesses mères des cultes d’Asie, progénitrice des jeunes hommes et des moissons, serrant contre son sein des lions et des ruches d’abeilles. Mais toute création humaine qui prétend à l’éternité doit s’adapter au rythme changeant des grands objets naturels, s’accorder au temps des astres. Notre Rome n’est plus la bourgade pastorale du vieil Évandre, grosse d’un avenir que est déjà en partie passé ; la Rome de proie de la République a rempli son rôle ; la folle capitale des premiers Césars tend d’elle même à s’assagir ; d’autres Romes viendront, dont j’imagine mal le visage, mais que j’aurai contribuer à former. Quand je visitais les villes antiques, saintes mais révolues, sans valeur présente pour la race humaine, je me promettais d’éviter à ma Rome ce destin pétrifié d’une Thèbes ou d’une Babylone ou d’une Tyr. Elle échapperait à son corps de pierre ; elle se composerait du mot d’État, du mot de citoyenneté, du mot de République, une plus sûre immortalité. Dans les pays encore incultes sur les bords du Rhin, du Danube ou de la mer des Bataves, chaque village défendu par une palissade de pieux me rappelait la hutte des roseaux, le tas de fumier où nos jumeaux en endormaient gorgés de lait de la louve. Ces métropoles futures reproduiraient Rome. Aux corps physiques des nations et des races, aux accidents de la géographie et de l’histoire, aux exigences disparates des dieux ou des ancêtres, nous aurions à jamais superposé, mais sans rien détruire, l’unité d’une conduite humaine, l’empirisme d’une expérience sage. Rome se perpétuerait dans la moindre petite ville où les magistrats s’efforcent de vérifier les poids des marchands, de nettoyer et d’éclairer leurs rues, de s’opposer au désordre, à l’incurie, à la peur, à l’injustice ; de réinterpréter raisonnablement les lois. Elle ne périrait qu’avec la dernière cité des hommes.
 
 
Liens
Audio sur le blog Page 48.
Christophe Ono-dit-Biot dans Le Point.
Note de lecture sur le blog Naïk Feillet.
CID Marguerite Yourcenar.

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2 Responses to Marguerite Yourcenar

  1. Vincent Sremed dit :

    En effet, Rome persiste encore dans nos mœurs et notre humanité…

  2. […] Yourcenar (continuación) Como prometido, aquí tienen la traducción de este pasaje de Mémorias de […]

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