Hommage: Francis Ponge en espagnol

Il y a quelques jours, j’ai trouvé sur un blog littéraire hispanophone ce texte du poète Francis Ponge. Par la présente traduction je souhaite rendre hommage à cette remarquable œuvre, l’une des grandes aventures poétiques du XXe siècle.

————————————————–

Hace unos días encontré, en un blog literario hispano, este texto del poeta Francis Ponge. Por medio de la presente traducción deseo rendir homenaje a esta notable obra, una de las aventuras poéticas mayores del siglo XX.
 

—————————————————
 

L’huître

L’huître, de la grosseur d’un galet moyen, est d’une apparence plus rugueuse, d’une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C’est un monde opiniâtrement clos. Pourtant on peut l’ouvrir : il faut alors la tenir au creux d’un torchon, se servir d’un couteau ébréché et peu franc, s’y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s’y coupent, s’y cassent les ongles : c’est un travail grossier. Les coups qu’on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d’une sorte de halos.

A l’intérieur l’on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d’en dessus s’affaissent sur les cieux d’en dessous, pour ne plus former qu’une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l’odeur et à la vue, frangé d’une dentelle noirâtre sur les bords.

Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre, d’où l’on trouve aussitôt à s’orner.
 

————————————————–
 

La ostra

La ostra, del tamaño de un canto rodado común y corriente, posee una apariencia más áspera, un color más disperso, blancuzco en su brillo. Un mundo que se encierra obstinadamente. Y aún así, se la puede abrir: hay que sujetarla hundiéndola en un paño, usar un cuchillo breve y algo dudoso, proceder así una y otra vez. Se cortan ahí los dedos curiosos, se quiebran ahí las uñas: es un trabajo rústico. Los golpes que recibe graban su envoltura con círculos blancos, con una especie de aureolas.

Adentro se encuentra un mundo para beber y comer: bajo un firmamento (propiamente dicho) de nácar, los cielos que están por encima se hunden en los cielos que están por debajo hasta formar un solo charco, una bolsa verdosa y viscosa en un fluir y refluir con el olor y los ojos, a la que se ha envuelto con un negruzco encaje en los ribetes.

Muy raras veces brota una fórmula en su orificio de nácar; de ahí que uno busque rápidamente adornarse.
 
 

(Traducción: Versions Célestes)
 

Sobre las traducciones, ediciones y reediciones de Ponge en español, pueden leer este artículo en el diario Página 12.

Publicités

11 Responses to Hommage: Francis Ponge en espagnol

  1. alba dit :

    Mundos aparentemente inasequibles y tal vez fascinantes.

    Saludos

  2. Tajalápiz dit :

    Oh, la dificultad de traducir Ponge! Muy lograda. Me permito, abusivamente (porque nunca lo haría yo mejor y me gusta intentarlo) algún comentario. ¿Por qué no traducir « un mundo obstinadamente cerrado (o encerrado)? Me parece que es más cerrada la frase que tu versión. Y la última estrofa. Una pena que no tengamos un verbo como perler! que le permite a Ponge sugerir la perla con la palabra « formule » que yo presiento como un diminutivo de forma pero que no funciona en español. Y ¿por qué transformar el gosier en un orificio? « D’où l’on », siento, pero quizás sea un grave error de mi parte, que remite a la perla (con la cual)… en fin, ya ves que criticar es más fácil, porque me tardaría horas proponer otra solución.
    Todo un placer encontrar este espacio franco-español.
    Un saludo

  3. versionscelestes dit :

    Hola Taille-crayon!
    Respuesta en breve…

  4. versionscelestes dit :

    Hola nuevamente Taille-crayon.

    Una traducción (y pienso que un poema también) siempre está haciéndose y haciéndose. De hecho, poner « un mundo obstinadamente cerrado », a secas, estaría bien por el ritmo. Pero mi sentimiento es que no expresa lo mismo que « clos ». Yo más diría encerrado. Pero no me gusta el sonido de encerrado. Así, lo más sugerente para mi fue hacer que el concepto de « mundo » se volviera más activo. Aunqu ritmicamente… El traductor muchas veces debe hacer elecciones dificiles…
    Tu blog está regio pero no he tenido tiempo de visitarte apropiadamente para dejate un mensaje como se te debe. Pronto lo haré.

    Saludos celestes!

  5. Marimbalù dit :

    Salut ! Pour une gageure pareille, le pari est assez bien tenu, Versions Célestes. L’exercice m’intéresse, aussi me permet-je (…) un commentaire. Juste un commentaire et pas de proposition car je ne parle pas l’espagnol assez bien (mais assez bien pour le comprendre, je te rassure.)

    Un an de versions espagnol->français m’a convaincue de la profondeur de cet exercice, qui requiert, autant qu’un doigté d’horloger, une finesse littéraire absolument extraordinaire.

    Traduire la poésie est un pari impossible… Le titre déjà est une trahison : La ostra est plus ronde et moins nacrée que l’huître. En revanche, la nâcar est presque aussi brillante que le nacre, il y a même presque un gain poétique dans ce mot espagnol, dont la traduction tire profit.

    J »aime bien le verbe « brotar » aussi : je trouve qu’il suggère phonétiquement la perle même encore mieux que le verbe français ; ça ne suffit hélas pas néanmoins à compenser la perte de la « formule » (le français peut assurément se permettre le diminutif, mais j’en crois Tajalâpiz lorsqu’il dit que l’espagnol ne peut pas, et ça me semble une objection rédhibitoire), mais c’est un petit « plus ».
    Pour rester sur le même paragraphe, le mot « orificio » me semble également assez maladroit. A dire vrai, (mais attention, je me trompe peut-être) je ne crois pas qu’il évoque du tout la même idée que « gosier » : quelle raison t’a décidé(e) pour ce mot ? Le son ? parce que justement, je trouve qu’il détruit tout à fait l’efficacité du « nâcar », avec ses sifflantes couplées avec des /i/ qui le rendent crissant. En outre, « gosier » évoque irrésistiblement le conte, en particulier l’ogre. Orificio n’a pas cette connotation, si ? Ca rappelle que l’huître est un animal. (Personnellement, j’ai du mal à m’empêcher de penser à Alice au Pays des Merveilles, mais là je reconnais volontiers que c’est purement personnel et tiré par les cheveux. ^^)
    Enfin, la dernière partie de la phrase est sans doute à peu près intraduisible, mais j’approuve la remarque grammaticale de Tajalapiz, et j’ajouterai que la longueur de ta traduction me semble noyer la concision (contraction) malicieuse de la chute de Ponge.

    Tant que j’y suis, je ne connaissais pas le mot « blancuzco », mais « blancuzco en su brillo » me semble très bien. En revanche, dommage que « apariencia » ressemble à « âspera », ça introduit un écho « poétisant » un peu à rebours du prosaïsme voulu par Ponge. Globalement, d’ailleurs, je crois qu’il y a une richesse phonétique en français qui sert Ponge, en ce que, tout en ménageant des effets subtils, il peut jouer sur l’extrême variété des sons pour induire une forme de prosaïsme objectif, tandis que l’espagnol ne peut que trahir cela.

    Réflexion du même genre, tu fais cette traduction : « Se cortan ahí los dedos curiosos, se quiebran ahí las uñas ». Je la trouve globalement bien, à l’exception du parallélisme de construction de l’espagnol, qui n’existe pas en français. Mais là, ça doit être le mouvement naturel de l’espanol, qui n’a pas en outre l’équivalent d’un « y », discret adverbe de ~lieu et doit s’encombrer d’un « ahî ».
    … en relisant, je trouve finalement que ta traduction rend quand même bien le déséquilibre verbal dû au raccourcissement. Pas le rythme haché, mais ça c’est impossible en espagnol, vu la prosodie de la langue même. Euh, et 20 syllabes en espagnol contre 10 en français, c’est une distortion, aussi.

    Si je peux risquer encore une remarque constructive (mais si !!), je suis davantage d’accord avec Tajalâpiz qu’avec toi quant à la phrase « C’est un monde obstinément clos ». (Quelle belle phrase, au passage, que celle-là ! une phrase-clé du poème.) Clos est un participe passé passif, avec la valeur (latine) d’un accompli. Il exprime un état, un état même immuable, presque mort : l’huître, de l’extérieur, c’est une pierre… Je ne suis pas d’accord, par conséquent, avec ton choix de faire du monde un principe actif. « Se encierra obstinadamente » laisse eeffectivement l’image d’une noix qui s’envelopperait elle-même dans quelque chose comme un tissu, comme le sucre en fusion autour du bâton de la barbe à papa, comme les pelures d’un oignon (oui, j’ai un don pour les métaphores. JOKE XD). Ce n’est pas du tout la même image que celle de l’huître pongienne, qui est comme un coffre au trésor, rébarbatif, assurément mystérieux, maispas plus expressif ni vivant qu’un objet rigide en bois+métal. Il me semble que « monde » fait davantage référence à l’idée d’un Univers, d’une Totalité, qu’à celle d’une quelconque forme de vie. Une autre raison à ma préférence est le choix par Ponge du mot « clos ». Pourquoi pas « fermé » ? Parce que « clos » est précisément un mot clos, monosyllabique et à voyelle fermée, dont l’impact est renforcé par le fait qu’il suive un mot très long, « opiniâtrement », aux voyelles traînantes et qui « prennent de la place ». Or, dans ta traduction, c’est l’interminable, suspensif, « obstinadamente » qui clôt la phrase ; autant dire qu’il ne la clôture pas, comme fait le mot français, qui en stoppant la phrase, la ferme sur elle-même, comme l’huître. Ta phrase espagnole reste en l’air, s’envole, s’évapore, s’évanouit dans l’air, alors que Ponge reste très terre-à-terre.
    Il y a bien quelque chose comme un principe actif, un trace de volonté dans le « encerrado » que le « cerrado », trop passif, n’a pas : en quoi le « encerrado » est plus proche de Ponge. Mais il me semble que la nuance personnifiante du « obstinadamente » suffit à résoudre cette différence. Aussi, pour une raison de longueur, je préfèrerais le « cerrado ».
    Il me vient aussi que le ‘C’est » inroductif de Ponge amène une définition, comme un dictionnaire. Tu as supprimé ce verbe, tu n’as donc plus une phrase, mais une apposition comme « proposition » nominale indépendante. Ca donne un aspect un peu évasif, évocateur, mais un peu facilement, à la phrase ; Ponge me semble plus « technique », comme s’il refusait de laisser le poème « prendre la pose ». (Euhhh je sais pas si c’est très clair, là !)

    Dernière question : « se hunden », c’est vraiment comme « s’affaissent » ? Ce n’est pas un peu poétiser l’écroulement ?

    Désolée d’avoir tant parlé. Je dois être l’un des commentaires les plus verbeux de ton blog ! ^^
    Je trouve que ce travail de traduction que tu entreprends est une très belle entreprise, extrêmement intéressante. J’espère que tu ne prendras pas mal que je prenne la parole ; j’ai dû arrêter l’espagnol cette année, et ma version bihebdomadaire me manque ! Et je trouve très intéressant de discuter ainsi deux textes. Bien entendu, la discussion n’a de prix que si elle ne tourne pas au soliloque ! 😉

    Marimbalú, étudiante.

  6. versionscelestes dit :

    Bonsoir!

    J’aime bien ton message. Ca prendra un peu de temps de répondre à tous tes commentaires. Bon, voici une première remarque:

    « Traduire la poésie est un pari impossible… Le titre déjà est une trahison : La ostra est plus ronde et moins nacrée que l’huître. En revanche, la nâcar est presque aussi brillante que le nacre… »

    J’ai une posture « philosophique » concernant la traduction : l’original et la traduction ne sont pas deux objects identiques. J’essaie d’éviter ce que je considère un certain idéalisme. Bon c’est un choix. Je m’expliquerai après.

    Attention que je n’ai pas dit : « il n’ y a aucun rapport entre la traduction et l’original »

    Merci et a bientôt.

    Versions Célestes

  7. Marimbalù dit :

    Salut ! Merci de répondre. J’attends la suite avec grand intérêt ! 🙂

    Je précise juste quand même quelque chose : je ne fais pas partie de ces gens qui soutiennent que les textes, il faut les lire en langue originale, ou pas du tout. J’appelle ça du snobisme culturel. La traduction est un art des plus difficiles. Je crois en la différence des langues (non, non, ce n’est pas un simple sophisme) ; mais aussi dans la souplesse du langage, de tous les langages : la traduction est un numéro d’équilibriste entre ces deux postulations, celles de l’impossibilité et de la possibilité de la traduction parfaite. Comme tu vois, c’est une éthique bien vague que la mienne : je n’ai pas d’idée pré-conçue sur la question, et me fais pour l’instant une règle absolue de la tolérance et de la prudence.
    J’ai découvert l’un des écrivains qui compte le plus pour moi en traduction : Octavio Paz. J’ai une bonne excuse : à l’époque, je ne parlais pas encore un mot d’espagnol. Habituellement, j’ai honte de dire que la VF conserve ma préférence, alors que j’ai aujourd’hui les moyens de lire Paz dans le texte original. J’attribue ça d’ordinaire à ma connaissance imparfaite de la langue espagnole, dont j’ai en outre une pratique hélas très limitée, par rapport au français, que je connais intimement pour le fréquenter dans sa vie quotidienne et sa littérature. Mais ta remarque me fait penser qu’il y aurait (conditionnel) peut-être à prendre (des pincettes et) ce mouvement spontané plus au sérieux que ça… C’est à voir, je ne sais pas.

    Et lorsque je critique ta traduction, c’est avant tout une façon d’explorer ce que peut chaque langue, d’essayer d’en pousser les limites, d’en apprécier la singularité. Ce n’est pas du tout une manifestation sotte d’esprit de contradiction (aaaaah celui-là…).

    😉 Au plaisir de poursuivre la réflexion…

    Marimbalù

  8. versionscelestes dit :

    Bonsoir!

    Je viens de rentrer. C’était un très bon concert!

    Par rapport à ce tu dis:

    « la traduction est un numéro d’équilibriste entre ces deux postulations, celles de l’impossibilité et de la possibilité de la traduction parfaite »

    Justement, de par ma pratique traductive, j’ai le sentiment que ces trois présuposées « possibilité », « impossibilité », « traduction parfaite » ne devraient pas être considérés. Ceci est personnel.

    Le traducteur comprend le texte grâce à une herméneutique, à sa méthode ; grâce à la critique… mais ce qui compte finalement, c’est son interprétation.

    Dans ces différences d’interprétation du texte, on voit certains détails que d’autres ne voient pas ; ou on le voit différemment.

  9. versionscelestes dit :

    Je trouve que tes réflexions sont très intéressantes:

    J’aime ta « façon d’explorer ce que peut chaque langue, d’essayer d’en pousser les limites, d’en apprécier la singularité », comme tu dis et c’est pour ça que je prends au sérieux « ce mouvement spontané » C’est enrichissant.

    Autre chose : ces traductions exigent de ma part un temps que je n’ai pas, mais je me plaît bien à les faire ; de même j’aime bien les relire et les modifier…

    En général, je ne suis pas satisfait(e) de mes traduction… c’est un peu par ennui, par fatigue, …etc. qu’on les publie…

  10. versionscelestes dit :

    « Gosier » par exemple: Je suis d’accord avec ton interprétation de gosier. Le hic c’est que « gaznate » n’a pas en espagnol ce rapport étroit avec ce conte, ne jouit pas de ce prestige, bien au contraire. Il n’a pas non plus cet aspect très visuel que je trouve dans le mot gosier, c’est-à-dire : »la cavité intérieure du cou à partir de l’arrière-bouche », aspect visuel qui est renforcé par les expressions contenant ce mot. De même, il coupe le rythme de la phrase.

    Donc je n’ai pas donné priorité à cet aspect mais plutôt au caractère visuel de ce mot.

    Je ne suis pas satisfaite à 100%, même pas à 90%. Je voudrais trouver une meilleure possibilité de traduction… Il y aura peut-être bientôt une bonne idée…

    Bon, j’ai bien aimé notre dialogue. Je ne sais pas si je t’écrirai si souvent. En tout cas, j’ai essayé de rendre cette atmosphère du poème, laquelle tu décris très bien. Nos interprétations sont similaires, les décisions prises seraient peut-être différentes…

    Fatigué(e) et contente de ce dialogue, je te dis à bientôt sur ce blog ou sur le tien, si tu en as un…

    Versions Célestes

  11. Leonardo dit :

    Apasionante discusión, que va más allá de mis capacidades teóricas o linguísticas. En todo caso la labor de traducción que tú haces, de « barquera » entre el francés y el español, no sólo con textos de autores consagrados sino con autores desconocidos, merece un gran reconocimiento y mis más sinceros « aplausos ». Hasta pronto,
    Un saludo de tajalápiz y gracias por tu visita.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :